
Semaine du 16 au
22 janvier 2001
Un resserement de la flotte
Mardi 16 janvier
Michel Desjoyeaux perd son avance
Thomas Coville a entamé sa remontée de l’Atlantique en toute sérénité, sur un
bateau en bon état. Le skipper breton bénéficie de bonnes conditions météo qui
lui ont permis de reprendre une centaine de milles sur le leader Michel
Desjoyeaux. Comme ses collègues qui le précedent, il s’émerveille de la couleur
de l’eau parfois verte, parfois turquoise…ce sont les couleurs de l’Atlantique,
le dernier océan qui les ménera aux Sables d’Olonne.
Michel Desjoyeaux est ralenti depuis presque 24 heures par une bulle
anticyclonique. Etant le seul concurrent dans ce système météo, les 4 autres
skippers du groupe de tête en ont profité pour lui grapiller une centaine de
milles. L’écart entre PRB et le second bateau en tête, Kingfisher, est
néanmoins confortable pour Michel Desjoyeaux: 420 milles au pointage de 9h TU.
Le point positif est la présence du soleil, ce qui permet à PRB de recharger ses
batteries sans utiliser le moteur. Lors de la vacation du matin, le skipper
breton en était à son troisième jour de navigation sans avoir eu besoin de
redémarrer le moteur.
Toujours privé d’une partie de ses moyens de communication, ce qui nous empêche
de converser avec lui, Pasquale de Gregorio, le doyen de la course nous envoie,
en revanche, toujours de ses nouvelles par écrit.
Le skipper italien a passé la Tasmanie et décrivait : " le vent et les
conditions de mer sont assez stables, et le bateau va vite et évolue bien
". Selon le marin, Wind navigue à une vitesse satisfaisante et fait des
surfs à plus de 15 nœuds. En revanche, les options météo sont difficiles à
prévoir en raison des conditions météo très changeantes.
Mercredi 17
janvier
C’est reparti pour Yves Parlier
Bien que, par précaution, Fedor Konyukhov se dirige toujours vers la terre la
plus proche, le skipper russe a fait parvenir des faxs plutôt rassurants quant
à son état physique et celui de son bateau, Modern University for the
Humanities.
Fedor a réussi à changer de pilote automatique et à mettre sa bôme sur le pont.
En effet, suite à une rupture des lazy jack (sangles qui retiennent la bôme),
la bôme était tombée, touchant l’eau et brisant des chandeliers. Prochaine
étape : monter dans le mât pour dégager la drisse de grand voile coincée en
haut et qui empêche Fedor de l’affaler. Pour cela il devra attendre que les
conditions météo lui soit plus favorables car pour le moment, le vent souffle
toujours à une moyenne 40 nœuds, ce qui rend une opération "montée au mât
" très acrobatique et dangereuse.
Ça y est, c’est fait : Yves Parlier a quitté son mouillage ce mercredi matin à
7h TU sur un Aquitaine Innovations équipé d’un mât de 18 mètres, gréement de
fortune construit par son bricoleur de skipper en 9 jours de mouillage. Yves
Parlier n’ayant pas touché terre, il est toujours en course, en 14ème position,
et continue sa route vers Les Sables d’Olonne.
Yves est sorti très éprouvé et fatigué de cette épreuve. Il a maintenant besoin
de repos avant de retrouver toutes ses capacités. Côté nourriture, le skipper
aquitain devra se rationner puisque, sur 6 caisses de nourriture embarquées au
départ, il en a consommé 4. Il en reste donc deux pour faire un peu moins de la
moitié du parcours. Il va falloir sortir les fils de pêche !
Roland Jourdain n’avait pas encore testé sa réparation du cap Horn, c’est
maintenant chose faite. Son bonheur de voir sa grand voile haute est immense,
il ne s’en lasse pas ! Une seule ombre à ce beau tableau : ses réparations ne
lui permettent pas de prendre un ris dans la grand voile. S’il veut réduire la
voilure, Bilou doit donc passer de grand voile haute à 2 ris. Mais ce handicap
n’influence pas le moral du skipper qui a maintenant hâte de remonter les autres
concurrents : " A mon avis, le final va être génial. Avec les températures
qui vont remonter, ça va redonner l’envie de se bagarrer ".
Jeudi 18 janvier
Le plaisir de retrouver l’Atlantique
C’est à 2h30 TU que Catherine Chabaud a franchi le Cap Horn après 70 jours de
mer, poussée par un vent d’Ouest soufflant entre 25 et 30 nœuds : " Au
revoir le Sud ! Merci de ta relative clémence. Sans rancune ! Et merci pour
cette aurore australe qui restera ma plus belle image de mon deuxième tour du
monde "…Catherine est, sans aucun doute, ravie de retrouver l’Atlantique.
Il lui semblait retrouver ses camarades qui la précedent. Objectif : recoller
au peloton et rattraper Dominique Wavre.
C’est la deuxième fois que Catherine passe le Horn. La première fois était lors
du Vendée Globe 96-97, après 95 jours de mer. Elle fût alors la première femme
a faire un tour du monde en solitaire et sans escale.
A la suite de Whirlpool, le bateau de Catherine Chabaud, se trouve Josh Hall et
son voilier très coloré (EBP-Gartmore) pour qui il reste encore plusieurs
centaines de milles à parcourir avant d’atteindre le Horn. Autre point commun
avec Catherine : son désir de voir se finir les mers du Sud et son plaisir à
retrouver l’Atlantique : " C’est une Grande aventure que de naviguer dans
le Grand Sud, mais je suis plus que prêt à retrouver des conditions de
navigation plus chaudes ".
Comme il l’avait annoncé alors qu’il se trouvait encore entre l’Océan Indien et
le Pacifique, son bateau a été construit pour faire du près. Le skipper
britannique attend donc avec impatience la remontée de l’Atlantique pour faire
ses preuves et remonter dans le classement.
Vendredi 19
janvier
D’un côté ou l’autre du Cap Horn…
Pour le peloton de tête, le passage du Cap Horn fait déjà partie des bons
souvenirs de l’édition 2000 du Vendée Globe mais pour beaucoup d’autres il
reste encore un objectif à atteindre.
Didier Munduteguy attend ce moment avec beaucoup d’impatience, ce sera une
grande première pour lui : " Après le 180°, mon objectif sera le Cap Horn.
Ce sera l’entrée dans un nouvel océan que je ne connais pas. C’est le dernier
gros morceau du voyage. Ce passage, c’est une forme d’aboutissement. J’y pense
beaucoup, ça devient presque une obsession... "
Quant à Simone Bianchetti, il a trouvé le moyen de passer le temps agréablement
avant le passage mythique : " Ca fait longtemps que j’écris des poèmes.
J’ai un crayon et un bout de papier dans les poches du ciré. Quand
l’inspiration vient, j’écris. J’estime arriver dans 12 jours au cap Horn mais
peut-être qu’il est possible que j’arrive dans dix jours. "
Les " Cap Horniers " quant à eux, ont déjà en vue de nouveaux
objectifs et pas des moindres : combler le retard sur les camarades qui les
précèdent, et améliorer leur position actuelle en tentant différentes options.
Dominique Wavre : " Je regarde devant. J’ai comblé la moitié de la
distance qui me séparait de Thomas Coville (Sodebo). J’ai 100 milles de retard
sur Thomas maintenant et 200 sur Roland Jourdain (Sill Matines La Potagère). La
situation météo ne se prête pas à quelque chose en particulier. Je suis prêt à
tenter des coups "risqués", pas des coups "suicides". C’est
de la régate appliquée, je vais rattraper des milles petit à petit. "
Thomas Coville : " Il y a des bateaux plus typées pour certaines
conditions. Soit on décide de rester derrière les autres et de les passer en
vitesse pure! Mais c’est difficile. Ou alors on décide de faire un décalage
météo, en longitude ou latitude et on tente quelques chose. Moi je vais mener
mon bateau comme je l’ai fait depuis le début, en étant moins conservateur.
J’ai une place où je n’ai rien à perdre niveau classement alors je peux tenter
quelques chose. "
Josh Hall a quant à lui retrouvé ses petits camarades en Atlantique depuis 20h10
TU.
Samedi 20 janvier
Rencontre dans le Pacifique
Même s’il reprend des milles sur Ellen MacArthur, Marc Thiercelin garde
toujours un œil sur l’arrière de la flotte, et tout particulièrement sur Roland
Jourdain : " Sill m’a repris 60 milles durant la nuit ".
Les conditions de navigation ne sont pas des plus agréables : le skipper
rochelais navigue au près dans des vents de 35 nœuds. Le bateau tape et, depuis
6 jours, il est incliné à 45°. Pas très pratique pour la vie à bord !
Mike Golding a béni la pluie venue arroser son bateau hier. Elle lui a permis
de regonfler ses réserves d’eau douces qui n’étaient plus que de 8 litres. Le
skipper britannique a ainsi pu remplir les ¾ de ses réserves d’eau, soit 45
litres sur une capacité de 60.
Rencontre dans le pacifique : depuis plus de 4 jours, Raphaël Dinelli (hors
course du Vendée Globe mais toujours en route vers Les Sables d’Olonne) avait
accepté de ralentir pour se mettre sur la route d’Yves Parlier et filmer
Aquitaine Innovations avec son nouveau gréement. Le bateau avance à une allure
correcte : entre 11 et 12 nœuds, et le skipper peu naviguer avec la totalité de
sa grand voile, soit l’équivalent de 2 ris dans la grand voile s’iol avait la
totalité de son mât.
Dimanche 21
janvier
Ellen sous un beau ciel bleu de l’Atlantique
Didier Munduteguy a passé l’antiméridien. Il a attendu, assis à la table à
carte, les yeux rivés sur le "E", que celui-ci laisse la place au
"W " de Ouest. Le skipper basque a donc maintenant le sentiment de se
rapprocher du Cap Horn et, à plus longue échéance, de chez lui en France.
Cette dernière semaine de navigation s’est bien déroulée, sans gros mauvais
temps ni avaries, et a mit Didier en confiance pour sa traversée du Pacifique.
Mike Golding a passé le cap Horn 21h30 TU. Il a reçu pour l’occasion les
félicitations de Mr Michael Jay, ambassadeur britannique en France. Son
prochain objectif est de passer son compatriote Josh Hall.
Ellen MacArthur, sous le soleil et un beau ciel bleu, se réjouit de voir que la
flotte se ressere : " Je trouve super cette régate. C’est plus stressant
mais c’est super d’avoir tous ces bateau qui se rejoignent ". Son bateau
marche a une bonne moyenne (entre 11 et 13 noeuds) et la petite anglaise
s’adonne aux joies de la couture pour réparer son genaker (sa voile avant qui
était tombé à l’eau lors d’une nuit de mauvais temps).
Lundi 22 janvier
Bilan des mers du Sud
Patrice Carpentier s’appête à son tour à sortir des mers du Sud. Le bilan est
positif : le skipper n’a jamais eu plus de 45 nœuds de vent, a un bateau
impeccable et a toujours essayé, avec succès, de ne pas se faire déccrocher par
le 60 pieds de Bernard Gallay. Le skipper de VM Materiaux attend maintenant
avec impatience les températures plus chaudes de l’Atlantique pour régater sous
le soleil jusqu’aux Sables d’Olonne.
Lors de la vacation avec Joé Seeten ce lundi matin, Nord Pas de Calais -
Chocolats du Monde se trouvait à 400 milles du cap Horn. Il nous a raconté sa
" rencontre " avec Mike Golding la semaine dernière : l’allure à
laquelle le marin britannique a doublé le skipper dunkerquois a laissé ce
dernier un peu envieux de posséder un bateau plus récent et plus rapide. Joé
essaie de rester au courant des divers eènement de la course. Ainsi il se
réjouit de voir que les bateaux de tête se livrent une belle bagarre, et
qu’Yves Parlier est reparti de Nouvelle-élande après sa semaine de réparation.
Les écarts entre Michel Desjoyeaux et ses proches poursuivants fondent à vue
d’œil. De 420 milles en début de semaine, Ellen MacArthur a réduit son écart
sur le leader à 70 milles ! Le skipper breton ne semble pas déstabilisé pour
autant. Il essaie d’anticiper le passage du Pot au Noir qui peut encore
réserver bien des surprises.
Qu’ils se trouvent d’un côté ou l’autre du Cap Horn, les participants du Vendée
Globe sont loin de se relâcher. La route est encore longue…